jeudi 4 décembre 2025

 

ANTHIME 

Anthime est né des amours d’Emile et d’Eva. Emile, après avoir été prisonnier de guerre, avait poursuivi ses études d’avocat et avait obtenu son diplôme sans coup férir. La clientèle d’Emile était surtout composée de couples qui souhaitaient rédiger un contrat de mariage ou, par contre, après quelques années d’une expérience malheureuse, souhaitaient mettre par écrit les termes d’une séparation en bonne et due forme. Rien de prestigieux mais cela lui permettait tout de même de donner une vie confortable à sa femme et à son fils. Emile avait été très amoureux d’Eva tout au long des années d’une vie pleine mais sans souci, sans soubresaut, peut-être un peu monotone. Cependant Emile et Eva semblaient heureux. Et cela, Anthime l’avait ressenti constamment durant toute son enfance, son adolescence, sa vie. Eva, c’était une bonne flamande née dans la région de Nazareth, près de Gand. Elle avait été Mère au foyer. Profondément catholique, quasi bigote, elle n’avait pu qu’approuver son mari qui avait décidé du choix du prénom de son fils – il fallait que ce fût un fils - dès avant sa naissance. Ce prénom, fortement lié à l'histoire chrétienne et popularisé par Saint Anthime, martyr du IVe siècle, est connu pour sa dévotion et son courage. Bon, nous voilà fixé ! Mais malgré la dévotion qu’il portait à ses parents, et à cause de cela, Anthime qui n’aimait pas son prénom n’en changea jamais.

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La lune pleine diffusait une lumière froide à travers les vitres des fenêtres du salon. Elle était filtrée par les rideaux en tulle suspendus au rail en acier qui longeait le haut de la fenêtre. Le passant, le curieux, pouvait saisir l’intérieur de l’appartement d’Anthime Lestrade situé au rez-de-chaussée de sa maison Art-Déco avenue Bel-Air, perpendiculaire à la chaussée de Waterloo dans le quartier de La Bascule. Ce lieu-dit, il ne l’a jamais quitté.

Anthime, installé dans son fauteuil Stressless Magic, un verre de Jack Daniels à portée de main sur le guéridon encombré d’un cendrier quasi plein de mégots ; il avait recommencé à fumer depuis le décès de sa très chère Séraphine. Il regardait la télévision. Un reportage sur la Namibie qui s’attachait au mode de vie des Ovambos, peuple bantou. Anthime avait beaucoup voyagé. C’était une passion. Découvrir des lieux. Etait-ce dû à son père fervent adepte de la Grèce antique mais pas seulement. Découvrir des cultures autres que celle qui est la nôtre, disait-il, soi-disant la plus appropriée pour tout un chacun, ne manquait-il pas d’ajouter. Pour notre portefeuille, oui, notre confort, notre bien-être, continuait-il, mais aux dépens de civilisations riches de tout un passé que nous, occidentaux bien-pensants nous avons tenté de détruire en imposant nos critères. Voilà, qui semblait à Anthime pour le moins « donneur de leçon ». Et puis, le monde ne changeait-il pas ?

A septante-huit ans Anthime ne se sentait plus la force – l’envie, oui peut-être – de faire de longs voyages. Même dans des conditions de confort optimales. Et puis, sa femme, Séraphine, était décédée quelques mois plus tôt d’un cancer du pancréas décelé trop tard. Or, c’était elle qui planifiait les voyages. Séraphine, Séraf comme il l’appelait tendrement, lui manquait beaucoup. Et plus encore.

Le reportage télé arrivait à sa fin et la pub envahissait déjà l’écran. Anthime consulta sa montre bracelet et vérifia l’heure sur son smartphone. Il éteignit sa Gitanes filtre et finit son verre de Jack Daniels avant de se décider ; il était temps de rejoindre ses pénates. 

Sa chambre donnait sur un petit jardin agrémenté d’un tulipier de Virginie aux couleurs flamboyantes durant certaines périodes de l’année. Superbe disait les invités. Encombrant dans mon petit jardin tout en profondeur rétorquait Anthime qui ajoutait que les racines sont particulièrement envahissantes. Mais il tenait à le conserver, il l’avait planté lui-même cinquante ans plutôt lorsqu’il avait acheté la maison.

Anthime baissa les volets et ferma les tentures isolantes antifroid. Avec l’âge et à présent seul, il était devenu très frileux et ne pouvait plus se passer d’un pyjama molletonné.  Alors qu’il y a quelques mois encore il se passait de tout vêtement de nuit !

Il éteignit la lumière. Le guide de voyage qu’il tenait à la main glissa sur le sol.

Xian Vé

 

 

 

 

6 commentaires:

  1. Bonjour Marie-Claire,

    Je te remercie pour le commentaire précédent qui était relatif à un texte non terminé et publié de façon erronnée. En fait je l'ai effacer par inadvertance. J'espère que tu me pardonneras.
    Bien à toi. Christian

    Bien à toi, Christian

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  2. Bonjour Christian,
    Ah, le verre de Jack Daniels est là ! Ouf, on ne perd pas ses habitudes !
    Tu nous offres un prologue touffu qui précise bien l'enfance heureuse de ton Anthime. Il est âgé aujourd'hui mais on ne sait rien de son métier sinon qu'il a beaucoup voyagé grâce à l'organisation de sa femme défunte...
    De son caractère, on ne sait rien non plus sinon qu'il devait être un peu non conventionnel puisqu'il dormait nu.
    La photo est interpellante i Ton Anthime paraît mort. Est-ce le cas ? Vas-tu nous offrir un texte en flash-backs ?
    - Pire honte : avoir dérobé une statuette sénufo lors de son premier voyage en Afrique...
    Passe-temps : collectionne les guides de voyages (Michelin, Guides du Routard, etc)...
    - Handicap : souffre de fuites urinaires...
    Vivement le développement de l'histoire de cet Anthime au curieux prénom.
    Bien à toi,
    Jan.

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  3. Bonjour Christian,
    Quel beau prologue ! Tu installes avec efficacité un personnage ancré dans le passé. La mémoire et la perte de sa femme apparaissent comme déterminants.
    Ici, on vit un moment suspendu dans le temps, presque une veille funèbre. Son regard sur le monde est assez critique et on sent qu'il renonce à vouloir le changer.
    Ton texte dégage une atmosphère nocturne maîtrisée: la lune, la lumière froide, les rideaux ...un décor cinématographique. Bravo !!
    On est prêts à vivre des moments particuliers avec lui !
    Son plus gros défaut: se laisser porter de plus en plus par la boisson.
    Sa plus grosse fierté: ses albums photos-reportages
    Un objet fétiche: un masque bantou
    Que nous réserves-tu? On le saura bientôt!
    Colette

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  4. Bonjour Christian,

    Un très beau prologue qui nous en apprend beaucoup sur Anthime.
    La première partie nous informe sur son ascendance, le milieu où il a grandi, son éducation. Dans la deuxième partie que je qualifierais volontiers avec Colette de crépusculaire, tu nous le montres vieillissant, un peu désabusé, s’offrant les plaisirs rituels qui marquent sa fin de journée.
    En le présentant ainsi tu ouvres tout large le champ des possibles. Même si tu n’aimes pas trop naviguer à vue, te voilà face aux aléas que susciteront les consignes et qui te permettront de voir se dessiner une vie que tu n’avais pas imaginée. Je te conseille vivement de t’en servir pour permettre à Anthime de (re)vivre de grands moments de sa vie sans souci de la chronologie. Ce sera le travail de mise au point finale.
    A propos de récit choral, si Anthime était déjà mort, les diverses interventions pourraient se faire sous forme d’interventions aux funérailles. Chaque intervention évoquant un moment de sa vie. Cela te donnerait aussi l’occasion d’un travail de styliste puisqu’il s’agirait d’adapter l’écriture de chaque intervention à la personne qui parle. Juste une idée…
    Dans un texte blanc nous verrons Anthime confronté à un bibelot qui déclenche un souvenir important. Bien entendu, dans l’optique du récit choral que tu évoques sur la fiche, cet épisode peut être raconté et/ou vécu par un autre personnage, mais le lien est bien entre Anthime et le bibelot.

    Bon travail,
    Liliane

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  5. Anthime!? Effectivement un curieux prénom qui lui a valu sans doute plein de quiproquos? Je me demande quels sont les tourments qui l'agitent suite au départ "imprévu" de son épouse. Son métier ne l'a semble-t-il pas rempli de dynamisme... Pourquoi? alors que c'est un beau métier, tourné vers l'extérieur, vers les autres. N' a-t-il pas voulu prendre de risque? Le confort financier l'a-t-il assis dans une certaine apathie? A contrario, il semble habité par le voyage et la découverte d'autres cultures... le boulot pour les voyages???
    Dis-nous Anthime???

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  6. Bonjour, Christian,

    Pourquoi?
    Oui, pourquoi ce prénom des plus étrange ?
    Tu prends heureusement le problème à sa source en y apportant très vite une explication largement teintée d’Histoire.
    La vie d’Anthime, elle, s’est déroulée sans trop d’histoires même si elle a été jalonnée de voyages suscités avec intérêt par son épouse.
    Le voici à présent qui approche des quatre-vingts ans, solitaire et fatigué.
    Je ne doute pas pourtant que tu nous le décriras de manière colorée
    dans des situations qui nous permettront de mieux décrypter son caractère :
    Comme par exemple, en découvrant lors d’une brocante, un super tire-bouchon Prosper Batard, bel objet de valeur du début du siècle qui lui
    va lui rappeler avec nostalgie les escapades qu’il partageait avec un pote de sa jeunesse.
    Bonne Année 2026, Christian, et belle inspiration!
    Cordialement,
    Micheline.

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